Les yeux sont faits
Qu'est-ce ma tristesse peut vous faire? Qu'est-ce que ma tristesse peut me faire?Que vaut un petit coeur anxieux face à la détresse abysmale du monde? Je n'imaginais pas la fin des temps comme ça. Une installation progressive du chaos.
Tristesse est un mot qui commence par un T. Si je devais lui associer une couleur, ce serait le gris macadam. Tristesse évoque pour moi une rue qui s'estompe dans la brume. Il fait gris et humide, je regarde les rares passants et les parapluies qui les couvrent. Puis-je encore entrer dans un café? Tristesse est un filtre que je mets devant les yeux et qui permet de voir la vie en pire. Repos est un mot agréable aussi. J'aime le mettre dans la poche, le sortir de temps en temps, essentiellement pour la frime. Tristesse est un chemin tranquille et doux, qui ne veut de mal à personne. Je n'irai pas jusqu'au bout de l'arc-en-ciel. Je n'irai pas parce que je ne le veux pas. Je veux creuser mon trou ici. Eteindre la lumière, éteindre mes yeux et m'étendre auprès de toi, ma belle, ma compagne, ma fidèle.
Dormir, c'est sourire. C'est se laisser consoler par les effluves de la nuit aimante. C'est partir en voyage, sans peur ni bagage.
Je n'aime pas les effets artificiels. L'image où l'on se dit 'c'est le lever du matin'. Ou celle qui met en page le coucher du soleil. Je n'aime pas les transformations de matière. Même si toute description est un travestissement. Les instants sont trompeurs. Ils induisent en erreur. Ils nous font croire que c'est comme ça, et ce n'est pas comme ça. J'étais à ma place et j'avais mon âge. En face de moi, il y avait les professeurs et ils avaient garé leur voiture sur le parking. Toute personne n'est qu'un squelette revêtu de chair et de peau. Je n'aime pas les odeurs corporelles. Je n'aime pas les parfums artificiels. Je n'aime pas quand le parfum est marque avant d'être parfum. Un flacon de parfum vaut-il le prix affiché? Plus jamais, vous m'entendez, plus jamais je n'obéirai aveuglément au clairon de la convention. Ma liberté, elle est ailleurs, elle est dans la prairie à côté de la maison, dans les rues trépidantes de la grande ville, dans le ciel au-dessus de ma tête. Les yeux sont faits. On dit de moi que j'aime les cafés. On pourrait tout aussi bien dire que je cours derrière le vent. Ou que je cours avec le vent. Ou encore que je cours contre le vent. Les films, les livres, les musiques, les sculptures, où se trouve mon émotion, où se planque ma passion? Les heures ont eu raison de moi, et c'est un autre moi qui survit.
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