La nuit dernière, j'ai fait un rêve, vous savez un de ces rêves qui semblent si réels qu'on a chagrin de se réveiller et de voir l'illusion se briser; un de ces rêves dont on se dépêche de noter les grandes lignes sur un bout de papier, avant que tous les contours et détails ne s'évanouissent dans les brumes de la journée. C'est ce que j'ai fait: en cinq minutes empressées, j'ai jeté un maximum de phrases dans mon cahier, avec la folle envie d'enregistrer mon songe.
Voici donc le voyage qui m'a visité dans mon sommeil.
J'ai rêvé que tous nous étions convoqués dans le parc pour participer à un grand rassemblement pour une noble cause (j'ai oublié quelle était la cause).
J'étais revenu à mes temps de lycée. Il y avait moi, mes camarades et amis de classe, ainsi que tous les autres étudiants de plusieurs établissements de la ville.
Je me rappelle que j'étais enthousiasmé, euphorique, je sentais qu'il y avait une énorme excitation dans l'air, tous nous trépignions d'impatience de rejoindre le parc.
On allait crier ensemble.
Très vite, les salles se sont vidées. Les professeurs avaient donné le mot d'ordre. Ils étaient avec nous. Ils avaient les cheveux longs, portaient des jeans, et étaient maigres.
Un peu plus tard, nous marchions dans l'allée qui menait au parc. Une longue file de jeunes âgés entre 14 et 18 ans. J'étais là aussi et je bavardais de choses et d'autres, essentiellement de livres et de cinéma, essentiellement avec Amandine, ma camarade préférée, celle avec qui j'avais le plus d'affinités, et qui en plus était très jolie. J'aimais beaucoup discuter avec elle.
Bien sûr, il faisait une belle journée de printemps, l'air était si bon qu'on ne se fatiguait pas de le respirer.
Nous sommes arrivés dans la clairière, ou peut-être sur la vaste pelouse centrale du parc qui pouvait facilement accueillir des manifestants du monde entier.
On entendait de la musique, du rock, du pop, une succession de chansons rebelles qui sortaient on ne sait d'où.
Comme tous les autres - à l'époque, je n'étais pas l'anticonformiste que je suis aujourd'hui-, je me suis assis par terre, le gazon était doux au toucher. On formait des cercles ici et là, très rapprochés les uns des autres. ça devait être beau à voir à partir du ciel.
Je me rappelle que j'avais un appareil photo avec moi, chargé de film, je pense que c'était du noir et blanc, du 400 ASA. L'appareil, c'était mon Nikon FM2. Je me rappelle que j'étais ravi de m'être débarrassé du digital, et que grâce à cela le monde avait des chances de devenir meilleur.
Bientôt, tout le parc affichait complet - je pense qu'aux entrées le service d'ordre refusait du monde -, c'était bouleversant de côtoyer toute cette foule d'étudiants bruyants et idéalistes.
J'étais heureux de vivre cette grande action collective et de l'immortaliser sur pellicule.
Il me semble que j'avais reçu une assignation d'un journal local pour 'couvrir' l'événement. Mais je ne pensais pas trop à cette mission, j'étais participant avant tout!
À un certain moment, je me suis couché de tout mon corps sur l'herbe, les mains en guise d'oreiller sous la tête. Je me rappelle qu'à cet instant j'ai revu en pensée les premières images du 'Perfect World' avec Kevin Costner couché dans l'herbe; il y avait aussi une chanson des XTC qui me caressait l'esprit, 'Senses working overtide', je pense.
Je me suis levé pour observer le paysage autour de moi. Il y avait beaucoup de jolies filles, Amandine, quelques autres que je connaissais, mais aussi un très grand nombre d'inconnues sur le registre. Je me suis dit 'ce n'est pas grave, le tableau est magnifique'.
J'étais content d'être là et pas ailleurs.
Tout à coup, la cérémonie a débuté. Une figure au fin fond du parc était montée sur une estrade et haranguait la masse des étudiants. C'était un jeune homme qui ressemblait à Jim Morrison. Il avait commencé à parler de politique et de révolution, puis il s'était ravisé, il avait pris une guitare et avait entonné une chanson de sa voix rocailleuse.
Je me suis levé et j'ai commencé à tourner au milieu des gens. Je prenais des photos. C'était bien parce que tous étaient jeunes, beaux et habillés avec beaucoup de couleurs. De plus, tous me laissaient m'approcher très près et je pouvais réaliser de superbes portraits. On peut difficilement rater les images avec ce genre de circonstances.
Je me rappelle que j'étais heureux et triste en même temps; heureux en surface, à cause de la ferveur, de la révolution, du soleil, de la musique et des belles filles, mais triste au plus profond de mon coeur, parce que je savais que tout ça n'était qu'un rêve qui bientôt serait fini.
Libellés : Expérimentation, Réminiscences